« Le Média » : ni citoyen, ni démocratique, ni transparent !

animal farm

George Orwell, La Ferme des Animaux

En préambule, une clarification concernant l’objet de cet article : il est pour une part une critique des moeurs peu démocratiques de la France Insoumise, qui certes ne sont pas une révélation, mais on a là une nouvelle illustration tristement tangible ; il est aussi, et peut-être surtout, d’informer sur ce qu’il faut bien appeler la véritable escroquerie intellectuelle que constitue un certain nouveau média télévisuel « Le Média » – proche, très proche de la France Insoumise – qui se présente avec emphase la main sur le coeur comme « citoyen, démocratique et transparent » : et qui, après une enquête menée par L’impertinent ces derniers jours, s’avère tout, mais alors absolument tout sauf citoyen, démocratique et transparent.

Afin d’éviter tout malentendu, précisions que si l’opération de souscription en cours pour le financement de ce média a pu être possible il est bien évident que « Le Média » a dû obtenir toutes les opinions juridiques possibles et inimaginables d’experts pour attester de sa conformité avec les bonne lois de notre pays. On voit mal en effet comment une opération aussi médiatique, connue du tout Paris (il ne s’agit pas là d’une obscure association de province), pourrait ne pas être légale (elle aurait autrement déjà attiré l’attention des régulateurs depuis bien longtemps !) avec d’ailleurs des cautions juridiques aussi prestigieuses au plan légal qu’Eva Joly ou David Koubbi qui ont signé le manifeste ! « Le Média » ne saurait être en meilleure compagnie pour témoigner de son excellence juridique !

eva joly

koubbi

Il faut donc insister sur le fait que cette expression d’escroquerie intellectuelle ne renvoie pas à des questions de légalité formelle – qui sont hors des attributions de L’impertinent – mais à des questions purement idéologiques de cohérence interne entre les grands principes que l’on dit d’un côté et les petites pratiques que l’on fait de l’autre.

La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon et un certain nombre de membres de sa garde rapprochée font désormais, comme chacun sait, de manière récurrente l’objet d’attaques sur les thèmes bien connus du culte aveugle du chef, de la mégalomanie, du sectarisme, de la haine des journalistes, de la violence verbale et de l’absence de démocratie interne.

« Le nouveau média dont tout le monde parle » (apparemment) pour reprendre la formule publicitaire de « Le Média » a été dans ce contexte, dès ses débuts cet été, très largement critiqué pour ces liens incontestables avec la France Insoumise de par son équipe dirigeante. A commencer par les deux fondateurs et dirigeants, la communicante Sophia Chikirou et le très médiatique psychanalyste Gérard Miller, tous deux compagnons de route de la France Insoumise. Beaucoup y ont vu la création d’une Mélenchon TV avec une nouvelle fois les sarcasmes habituels concernant la France Insoumise précédemment cités.

Il y a une part de vérité et une bonne dose d’hypocrisie. Une part de vérité car il n’est pas vraiment très sain (quelque soient les contorsions idéologiques que l’on puisse faire autour) pour faire du véritable journalisme digne de ce nom d’être aussi clairement aligné sur un parti politique, quel qu’il soit. Qu’aurait-on dit (rions un peu) si des personnalités du camp Républicain comme Anne Méaux (l’ex-conseillère en mauvaise communication de François Fillon) et François Copé (qui connaît bien les médias après tout), ou du camp Front National comme Nicolas Bay et Franck de Lapersonne (certes une improbable équipe) avaient créés eux aussi un média, qui plus est en le baptisant (d’une manière aussi hégémonique et peu pluraliste) « Le Média » ? Qu’ils allaient créer un média « indépendant » de LR et du FN, dénué de toute propagande, animé simplement d’une « subjectivité engagée » comme le clame « Le Média » ? La bonne blague, qui s’applique à « Le Média », qui risque fort d’être encore moins « indépendant » idéologiquement de la France Insoumise que ne peut l’être TV Liberté à l’égard du FN. Lorsqu’Aude Rossigneux, rédactrice en chef de « Le Média », considère que l’Humanité – organe de propagande depuis toujours du PCF – est un média « indépendant » (sic), on ne peut véritablement que pouffer de rire nerveusement et craindre la plus infecte propagande diffusée prochainement par ce média, on l’espère uniquement sur le web et pas sur la TNT ce qui serait un  » scandale » comme disait Marchais. Ou alors il faudrait aussi mettre TV Liberté, non merci.

Une bonne part d’hypocrisie néanmoins encore une fois car, en matière d’alignement médiatique sur un parti, on peut véritablement dire – et ce depuis la campagne présidentielle qui fut un gigantesque don en nature de l’oligarchie française – que l’ensemble des grands médias français (publics comme privés) sont devenus de manière plus ou moins éhontée ou subliminale la Pravda aux ordres du MEDEF En Marche. Le Monde et Libération se distinguent particulièrement dans leur vertigineuse chute de médias vaguement de référence à des officines de publi-reportage macronien d’une manière aussi flagrante que ça en devient embarassant pour le standing de toute la profession.

La dimension réellement orwellienne des mensonges (appelons un chat un chat) de l’ensemble des grands médias sur la Catalogne (à l’exception notable de Mediapart) déjà commentés sur ces pages est un des derniers exemples en date de l’effondrement profondément anti-démocratique des standards qualitatifs et déontologiques de ces médias. Le diagnostic est bien connu de tous : l’excessive concentration du monde médiatique entre quelques mains partageant une même idéologie en rien « libérale », mais managériale et autoritaire issue du monde profondément anti-démocratique qu’est la grande entreprise : un monde qui réduit l’information à de la langue de bois, de la com et du spectacle. Il est toujours bon de rappeler – avec à l’appui cette excellente illustration produite par le Monde Diplomatique – que l’écrasante majorité des médias qui comptent en France est détenue aujourd’hui par seulement 20 individus, 10 familles, 5 banques et sociétés financières et 4 états (France, Allemagne, Qatar, Russie) – d’une remarquable et inquiétante homogénéité sociologique et idéologique.

oligarchie médiatique

Fort de ce constat, et malgré toutes les réserves légitimes qu’on pouvait avoir à l’égard d’un média télé aussi politiquement aligné que « Le Média » (un tel nom ne peut être sérieusement écrit sans guillemets), on pouvait malgré tout a priori se réjouir d’une voix un petit peu dissonante dans un tel paysage idéologiquement uniforme. Surtout en matière de télévision où se positionne « Le Média », bien qu’Arte fasse déjà un travail de résistance intellectuelle tout à fait remarquable sauvant quelque peu les meubles d’un service public aux ordres. Arte qui sera difficilement égalable dans le futur au plan qualitatif dans son juste et intelligent compromis entre (certes) une tonalité générale plutôt gauchisante et une certaine objectivité tout de même en matière d’investigation et de rigueur intellectuelle.

Les intentions initiales de « Le Média » semblaient de fait d’une bonté infinie. Son manifeste lancé le 25 septembre dans Le Monde (déjà pas forcément le meilleur signal donné à la base, vu ce que représente ce quotidien on ne peut plus establishment) annonçait entre autres de manière alléchante :

La création d’un nouveau média fondamentalement alternatif par sa gouvernance, son modèle économique et son fonctionnement. Généraliste, diffusé gratuitement sur Internet, audiovisuel et écrit, ses objectifs devront être clairs :

– Ce média, coopératif, sera indépendant : sa gouvernance impliquera ses sociétaires, ses salarié(e)s et ses « bénéficiaires ».

– Ce média sera collaboratif : s’appuyant sur un réseau de correspondants, d’associations, d’ONG, d’autres médias citoyens déjà actifs, il fera appel aux collaborations citoyennes.

– Ce média sera pluraliste : s’affranchissant de la dictature de l’urgence, il laissera sa place à la confrontation des idées et aux débats de fond.

– Ce média sera culturel et francophone : sans se limiter au seul Hexagone, il contribuera à la valorisation et à la création culturelle de la francophonie.

– Ce média sera humaniste et antiraciste : il s’engagera dans la lutte contre les discriminations et travaillera au renforcement des solidarités humaines.

– Ce média sera féministe et défendra les droits LGBTI : il soutiendra l’émancipation des femmes et l’égalité entre les genres.

– Ce média sera écologiste et progressiste : il soutiendra les initiatives qui favorisent l’harmonie entre les hommes et la nature.

Que peut-on a priori objecter à un si noble manifeste ? Il est vrai aussi qu’il aurait été difficile de vouloir créer un média ouvertement raciste, misanthrope, misogyne, réactionnaire, aux ordres, pollueur et homophobe, mais bon passons : soyons « humaniste » et « progressiste ». D’ailleurs l’auteur de ces lignes écrivait ici au moment de la publication de ce manifeste avec un très émouvant enthousiasme plein d’humanisme contagieux (preuve que son auteur était à la base plutôt bien disposé) :

A suivre donc, et dès le 11 octobre pour comprendre le type exact de souscription à laquelle souhaite faire appel ce nouveau média – et auquel L’impertinent par solidarité, et grande curiosité, devrait sans doute participer car il y là sans doute beaucoup à apprendre et peut-être même, qui sait ? de belles rencontres à faire entre gens de bonne volonté.

Le 11 octobre en question était en référence à la grande soirée de lancement de la souscription au grand public à laquelle invitait avec, en toute indépendance bien sûr, Jean-Luc Mélenchon lui-même avec cette belle promesse d’accéder à la co-propriété médiatique :

jlm le média

Après cette soirée quelque peu étonnante, et au vu aussi des activités sur réseaux sociaux depuis de « Le Média » (notamment à l’égard de l’auteur de ces lignes, nous allons y venir), on ne peut véritablement au final que craindre que le recrutement embarassant au possible de Raquel Garrido par le bolloréen et françafriquien C8 soit en comparaison de ce que promet d’être « Le Média » : un bien petit boulet. Immense déception en effet que ce « Le Média » au regard des nobles intentions affichées au départ. Si la prise d’antenne n’est prévue que pour le 15 janvier, on voit mal comment sur des fondations bien malhonnêtes intellectuellement, comme nous l’expliquons ci-après, on puisse avoir une quelconque bonne surprise.

Avant de rentrer dans l’analyse technique de la structure de la souscription, il faut tout de même constater l’attitude profondément anti-démocratique et proprement néo-stalinienne à l’égard des journalistes de la part de « Le Média ». Comme nous le commentions en détail le 19 octobre et le 24 octobre toutes les questions posées à « Le Média » à plusieurs reprises par L’impertinent seront restées sans réponse. Pour un média qui se dit ultra-transparent, qui annonce même le possible recrutement d’Elise Lucet et « officiellement » revendique qu’il soutient un journalisme d’investigation « qui ne lâche rien » cela prête plutôt à sourire. En revanche la seule communication qui fut faite en retour à L’impertinent est on ne peut plus attristante par son manque éclatant de transparence et de respect de la liberté de la presse la plus élémentaire :

le média communiqué

Que de simples questions – purement factuelles et techniques, de la part de journalistes cherchant à écrire un article sur la base de faits tangibles et à faire leur métier d’informer leurs lecteurs – puissent être quasiment assimilées ici à mot couvert et menaçant à des accusations constitutives de diffamation, donne une bien triste et peu convaincante image de ce média en matière de journalisme d’investigation : surtout lorsqu’un tel communiqué vante encore une fois une transparence bien peu crédible… vu qu’il se garde bien de répondre aux questions de L’impertinent qui étaient différentes (plus impertinentes ?) de celles de nos confrères de Mediapart. De quoi une nouvelle fois apporter de l’eau au moulin à tous ceux qui voient dans la France Insoumise un mouvement profondément journalistophobe et anti-démocratique dans ses moeurs et pratiques politiques.

Au passage si être associé à Mediapart est évidemment un honneur  pour L’impertinent qui n’espérait pas une telle publicité, il est encore une fois consternant que nos deux publications soient les seules dans un grand pays comme la France à encore poser des questions ce qui en dit sur l’omerta qui est la nôtre. Des questions pourtant bien basiques, qui ne méritent guère un Albert Londres, et que de nombreux internautes ont également posé sur la page Facebook de « Le Média » sans avoir non plus eu de réponses : c’est à ces internautes que nous dédions tout particulièrement cet article, car ils nous ont apporté dans ce modeste travail d’investigation un véritable soutien. Nous tenons à remercier notamment les Socios, et les sympathisants et militants de la France Insoumise qui nous ont soutenus, et qui de manière rassurante ne considèrent pas qu’une appartenance politique dispense de réfléchir rationnellement et de poser des questions de bons sens, sans que pour autant cela soit suspect de quelque complot malveillant que ce soit. Il convient aussi de constater les multiples insultes en tous genres reçues par l’auteur de ce billet sur la page Facebook de ce média, qui ne furent guère modérées par ce qui ne constitue pas une très bonne pratique de web management et donne une nouvelle fois une image déplorable d’insoumis sectaires.

A propos d’insultes il est plus que préoccupant que la seule réponse obtenue par L’impertinent de la part de « Le Média » – car il y a bien eu en réalité une réponse, et quelle réponse ! – fut une communication excessivement violente, insultante et diffamante sur la page Facebook de L’impertinent reçue le 27 octobre (après une première publication de cet article) de la part du responsable des relations presse de « Le Média », portant gravement atteinte à mon honneur personnel et à la réputation de ma publication citoyenne, clairement marquée très à gauche comme chacun de ses lecteurs le sait pertinemment. J’interviewais encore cette semaine pour un prochain article une élue écologiste courageuse et bénévole, seule force d’opposition dans une commune FN, et qui a eu l’amabilité de m’accorder un peu de temps en toute simplicité (quel bonheur de rencontrer encore des gens pareils).

enthoven

Plutôt affligeant non ? en matière de « démocratie », de « transparence » et d’ « humanisme » ? Aucun service de relation presse d’une multinationale au monde, même la plus atroce comme Monsanto, n’aurait osé attaquer par un tel communiqué et de tels messages odieux une Elise Lucet – que « Le Média » prétend maintenant vouloir recruter pour soutenir tout aussi prétendument le journalisme d’investigation « qui ne lâche rien » dixit Aude Rossigneux – alors pourquoi « Le Média » se permet-il une telle attaque aussi nauséabonde à mon égard ?

Parce que je suis un simple citoyen qui à l’outrecuidance de poser des questions à de si éminentes personnes à qui on n’ose jamais poser de questions impertinentes et qui ont l’habitude qu’on leur cire en permanence les pompes ? Parce que je ne représente pas un grand média institutionnel qui fait des millions de clics ? Parce que je suis un « fils de » d’un ouvrier menuisier, un pauvre provincial au RSA et que je crée un média citoyen avec trois franc six sous, avec un template wordpress gratuit et un pauvre smartphone pour tout studio ? Parce que je suis un « nobody » pour la jet set parisienne gauche caviar qui compose largement « Le » Média ? Voilà une belle démonstration de mépris pour le peuple et le citoyen de base de la part d’un média qui se dit « populaire » et « citoyen ».

C’est tout simplement HONTEUX.

Pour en revenir à la souscription, le manifeste nous promettait donc une belle coopérative. Mais finalement, 15 jours plus tard, on nous annonça le 11 octobre que ce serait une association loi 1901 à la place, association qui dans un avenir indéterminé, pourra (peut-être) se transformer en coopérative (ce qui est effectivement possible), selon des modalités tout aussi indéterminées à ce stade. Une coopérative qui, tel un avenir radieux, célébrera l’égalité parfaite entre tous les sociétaires unis dans une même fraternité égalitaire qui répondra à l’équation quasi-messianique de l’esprit coopératif « un homme = une voix » : fini l’égoïsme glacé des monstrueuses règles capitalistes, « Le Média » promet ainsi que tout sociétaire, quelque soit le montant de son investissement en capital (compris entre 5 euros pour un « titre » et 2500 euros pour 500 « titres », plus abonnement) aura une voix comme tous ses camarades. Dans l’immédiat il s’agirait donc d’acheter des « titres » (aussi appelées dans l’émission « part sociales ») pour devenir tous ensemble co-propriétaires du média « via l’association » : à l’instar des méchants milliardaires qui contrôlent les méchants médias mais cette fois-ci pour faire le bien du genre humain. Et tout ça avec un inébranlable engagement pour toujours et encore plus de transparence et de démocratie pour un média qui (enfin !) respectera l’intelligence des citoyens (sic).

Ben pas vraiment en fait.

En effet en étudiant l’opération sur la base des données publiquement disponibles (on eut aimé recevoir des réponses pour compléter, mais il faut dire que ce silence en soi est remarquablement éloquent) on se rend compte à la lecture perplexe du bon vieux dictionnaire – peut-être encore une des dernières armes disponibles pour la défense du bon sens et de la décence commune ces temps troubles de mensonge systémique  –  qu’il manque probablement un mot qui désignerait quelque chose compris entre « amateurisme » et, disons le franchement, « foutage de gueule ». Peut-être d’ailleurs que ce mot n’est autre après tout que précisément « médiatique », tant ce média qui prétendait à la base être « citoyen », ne s’avère rien d’autre qu’une énième collection de tout l’establishment politico-médiatico-spectacle, vu et revu, et tout ce qu’il y’a de plus gauche supplément caviar, avec de biens maigres références passées en matière de luttes sociales comme nous l’anticipions déjà le 25 septembre en voyant les signataires du manifeste.

D’ailleurs pour un média censé être « anti-raciste » et « populaire » la soirée du 11 octobre aura surtout montré une équipe, certes « hyper sympa », mais qui au plan sociologique était clairement tout ce qu’il y a de plus bobo-hyspter avec un pourcentage de « minorités » ne dépassant pas à la louche un 2% guère représentatif de la diversité française. Au point qu’on ne peut qu’avec une charité toute chrétienne (même s’il est vrai le mot a récemment perdu un peu de sens devant le silence assourdissant de notre bon François sur la Catalogne) souhaiter dépasser la logique juridique pour s’élancer vers l’art conceptuel voir la poésie surréaliste pour tenter de faire sens de cet étrange mode de souscription.

Car enfin comment autrement expliquer que l’on puisse dire et écrire que les « Socios » (le nom donné aux investisseurs censés être « co-propriétaires » de « Le Média ») peuvent acheter des « titres » ou des « parts sociales »… d’une association loi 1901… qui par définition n’a strictement aucun capital social ?

Comment autrement expliquer aussi que l’on puisse dire et écrire que ces bons Socios soient co-propriétaires de quoi que ce soit, à l’instar d’un Bolloré ou d’un Niel (c’est cette image très forte et ce rêve qui sont vendus aux Socios dans la communication de « Le Média »), alors qu’ils ne sont dans les faits propriétaires de strictement rien du tout, mais simplement des adhérents et abonnés d’une association loi 1901. Point, et c’est tout de même gonflé de faire miroiter aux Socios qu’ils sont les nouveaux Citizen Kane du PAF.

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Enfin comment expliquer autrement que l’on clame haut et fort dans toutes les communications écrites et orales de « Le Média » ce fameux « 1 homme = 1 voix » (valable en fait uniquement dans cet hypothétique avenir radieux, subtile nuance) alors que les Statuts de l’Association (Articles 5, 7 et 11) montrent que ces braves Socios humanistes (plus de 6000 apparemment à ce jour) sont en réalité aujourd’hui totalement dépourvus de droit de vote dans l’association ? Les seuls à pouvoir voter aujourd’hui sont les deux fondateurs membres du bureau (Gérard Miller, président, et Sophia Chikirou, trésorière) et les Socios qui auront montré un tel dévouement inconditionnel à « Le Média » qu’ils seront co-optés par les fondateurs : quelle drôle de conception tout de même de la démocratie.

Largement de quoi alimenter la réputation d’organisation bien peu démocratique et aux méthodes douteuses de la France Insoumise, que certains Socios finiront vont peut-être finir par réaliser un jour une fois l’enthousiasme de la souscription passée. Même s’il vrai que beaucoup de Socios semblent être tellement emballés par le projet que les détails techniques leur semblent tout à fait secondaires… mais est-ce réellement satisfaisant comme approche que de jouer sur la bonne foi politique des gens ? Largement de quoi aussi se souvenir de la célèbre formule « tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que les autres » de la Ferme des animaux ici en illustration, satire visiblement toujours actuelle de la pensée communiste même dans sa version #.

Cerise sur un gâteau déjà bien trop copieux, nous souhaiterions conclure ce billet par une observation qui est peut-être dans le fond encore plus décevante que ces considérations techniques, où l’excuse de l’erreur sincère et purement administrative peut être difficilement invoquée, et la plus parfaite tartufferie propre à la gauche caviar brille une nouvelle fois par ses propriétés vomitives. Pour un média qui se dit si proche de l’Afrique et des Africains, on ne pourra qu’être profondément choqué par son hébergement par le giron « l’Antenne » qui se trouve être directement et notoirement dans le giron de la famille Vilgrain, dont le groupe est, à l’instar de Bolloré en plus petit, tout ce qu’il y a de plus Françafrique : avec un Prix Pinocchio en 2010 de l’association Les Amis de la Terre qui débusque les tartuffes du développement durable.

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Voici ce qui a valu au groupe Vilgrain ce groupe Pinocchio, au moment d’ailleurs où Sébastien Vilgrain était directeur de la société SOMMDIA mise en cause de manière accablante par Les Amis de la Terre, ce qui est une information tout ce qu’il y a plus notoire comme l’écrivait même Le Monde :

Cameroun : Somdiaa sucre les droits

L’entreprise camerounaise Sosucam (filiale du groupe français SOMDIAA, elle-même filiale du Géant JL Vilgrain) a signé avec le gouvernement camerounais en 1965 puis en 2006, deux baux de 99 ans concernant respectivement 10 058 et 11 980 hectares afin d’y développer ses activités de production et de transformation de la canne à sucre. Les terres allouées par le gouvernement à la Sosucam se situent sur localités de Mbandjock, de Nkoteng et de Lembe-Yezoum dans le département de la Haute-Sanaga. Ces deux projets ainsi que le montant des indemnités lié aux transactions de terres ont été validés sans l’aval des communautés locales.

Le premier contrat prévoyait des indemnités. Elles n’ont jamais été versées. Pour le deuxième contrat la Sosucam verse une indemnité annuelle de 3 145 euros (2 062 985 francs CFA) à l’ensemble des communautés affectées (12 collectivités représentants 6000 personnes), soit environ 5 euros par famille par an! Une somme qui ne peut en aucun cas compenser la gravité de l’impact des activités de la Sosucam sur les populations.

D’autre part, les paysan-ne-s n’ont plus accès à leurs terres et les cultures vivrières qui leur restent pourrissent en raison de la pollution des ressources naturelles induite par les activités de la Sosucam.  

Les populations rurales et les ouvriers agricoles de la Sosucam sont par ailleurs victimes de maladies liées aux pratiques de production et de transformation de la canne à sucre, dont l’utilisation de produits chimiques dans les plantations. Enfin, il ne faut pas perdre de vue que seulement 4% des employé-e-s de la Sosucam sont  des paysan-ne-s ayant perdu leurs terres. Une fois devenus travailleurs-euses agricoles, ils/elles perçoivent des revenus inférieurs au salaire minimum vital. Les jeunes locaux qualifiés ne bénéficient pas des postes à responsabilité créés par la Sosucam.

Sur son site, la SOMDIAA se targue d’avoir des « valeurs humaines » qui « constituent le fondement [du] Groupe ». Apparemment, ces « valeurs » n’ont pas atteint le Cameroun… 

Voilà donc qui héberge « Le Média », et là ça commence à faire vraiment beaucoup en matière de foutage de gueule du peuple pour un média censé « être humaniste » et « respecter l’intelligence des citoyens ».

En matière de tartufferie on atteint des sommets avec Pierre Rabbi, également soutien de « Le Média », lui aussi visiblement grand ami de la Françafrique :

rabi

Pour paraphraser ce que devrait dire un analyste qui serait chargé d’émettre un avis non seulement financier mais éthique sur des opérations de financement participatif (une profession peut-être à inventer par L’impertinent ?) nous dirions au global :

Un média ni citoyen, ni démocratique, ni transparent et qui donne en dernière analyse une bien piètre image de la France Insoumise. Recommandation négative sur le « titre qui n’est pas vraiment un titre en fait » « Le Média ». Ferait un excellent Prix Pinocchio 2017.

Clairement une grosse déception, mais qui a au moins le mérite de confirmer une nouvelle fois l’impérieuse nécessité démocratique d’un journalisme réellement citoyen, fait PAR des citoyens POUR des citoyens, et non par des classes dominantes culturelles auto-proclamées qui cherchent à imposer leur idéologie sur les masses en mode marxiste-léniste-gramscien (les citoyens sont assez grands pour penser par eux mêmes, merci, de l’information fiable suffira largement)… et conçoivent la « démocratie » comme le droit de participer comme figurant de luxe tel que le propose « Le Média » dans son immense générosité humaniste à des Socios dépourvus par ailleurs du droit fondamental de voter, à moins d’être co-optés pour bons et loyaux services par les deux fondateurs :

socios...

François Serrano

#balancetonpinocchio

POST SCRIMPTUM : cet article, initialement publié le 27 octobre 2017, avait été dépublié pour être retravaillé tant il était clair qu’il avait été mal compris. Il est republié le 2 novembre 2017 après avoir clarifié que ce n’était pas la légalité formelle de la souscription qui est en cause, mais l’inadéquation (tout à fait tartufienne caractéristique de la gauche dite caviar) entre les nobles principes déclarés d’un côté et les nettement moins nobles pratiques réelles de l’autre.

 

 

 

 

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