Pep Guardiola résume bien la problématique catalane : plus que d’indépendance c’est de démocratie qu’il s’agit #empaperem #Oct1

Comme le dit très bien Pep Guardiola depuis la brumeuse Manchester, la question n’est pas de savoir si l’on est pour ou contre l’indépendance catalane (débat que seuls les Catalans peuvent trancher dans les urnes) mais si l’on est pour ou contre la possibilité des Catalans, comme ce fut cas la cas pour les Ecossais sans que cela pose de problème à qui que ce soit, de pouvoir s’exprimer démocratiquement sur le sujet : là en revanche il est du devoir des Européens démocrates et républicains de se montrer solidaires.

Possibilité que Rajoy, représentant d’un parti post-franquiste corrompu, s’entête à nier depuis le début de son mandat et qui accule les Catalans à la situation actuelle. Rajoy dans sa répression est soutenu par l’UE (on voit là la réalité de son prétendu régionalisme, qui est surtout celui d’alimenter des réseaux de corruption locaux) et le silence assourdissant de toutes les nations européennes sauf le Parlement Ecossais. Il est évident que tout mouvement populaire spontané ne peut qu’effrayer les puissants et les bourgeois des partis de l’ordre, toujours solidaires entre eux et prêts à se serrer les coudes dans ces cas-là. On ne sait jamais en effet, une révolte populaire peut toujours essaimer et de donner de « mauvaises idées » à d’autres peuples un peu moins Soumis que les révolutionnaires du samedi (faut quand même pas déconner, il s’agirait pas de faire grève) en T-shirt cheguevarra de ce weekend en promenade entre Bastille et République.
Il est aussi à noter que l’indépendance catalane signifierait à la fois la sortie d’une monarchie de carnaval (les Catalans sont viscéralement républicains, la monarchie ayant été abolie en 1931 et ne fut rétablie pour mémoire que par Franco) et celle de l’UE, soit un double mouvement démocratique – qui force l’admiration – renforçant la souveraineté populaire d’une nation de 8 millions d’habitants (la taille de la Suisse, deux fois celle de l’Irlande, et 16 fois celle du luxembourg) donc ayant largement la taille critique pour former une nation. Plus le peuple, en démocratie du moins (pas à Singapour ou en Corée du Nord), est proche des centres de décision politique, plus le pays a de chance d’être réellement démocratique dans son fonctionnement. En ce sens clairement la Suisse est bien plus démocratique que la monarchie républicaine française où aucun contre-pouvoir n’existe à part celui de manger des chips à l’Assemblée. En ce sens aussi l’UE ne peut qu’être, par son fonctionnement et son éloignement du peuple, anti-démocratique.
Invoquer l’ « illégalité constitutionnelle » comme le fait Rajoy, leader d’un Partido Popular corrompu jusqu’à l’os (toujours amusant des tartuffes conservateurs néo-libéraux de les voir constamment détourner les lois quand ça les arrange au nom du sacro-saint libéralisme, mais user avec rigueur des lois qu’ils ont écrites eux-mêmes quant il s’agit de réprimer le peuple), est à peu près aussi valide que l’illégalité constitutionnelle de l’indépendance des Etats-Unis, de l’Inde ou de l’Algérie en leurs temps. Il est bien évident que la constitution post-franquiste de 1978, qui n’a aucune raison d’être gravée dans le marbre, devait être amendée pour donner toutes les garanties nécessaires à ce scrutin. Ceci aurait pu se faire paisiblement et de manière organisée avec le PSOE, qui prône aujourd’hui tant bien que mal une solution politique raisonnable à cette impasse. Impasse dont est entièrement responsable le gouvernement Rajoy qui s’obstine depuis des années dans le déni et la répression politique, avec désormais le recours brutal de sinistre mémoire à la Garde Civile. Là aussi face à cette répression le silence coupable européen est bien la marque de l’imposture de l’UE en matière des droits de l’homme concrets en Europe, et plus généralement dans tout ce qui peut concerner autre chose que l’intensification de la concurrence capitaliste, qui est sa seule raison d’être.
Ceux qui considèrent que les Catalans ne font ça que pour des raisons bassement matérielles témoignent essentiellement de leur mépris et de leur condescendance (qu’ils n’avaient curieusement pas manifesté à l’égard des Ecossais, sans doute sont-ils perçus en France comme « supérieurs » à ces pauvres cons de Catalans près de leurs sous), mais surtout de leur ignorance crasse à l’égard d’un peuple fier qui par sa langue, sa culture, ses traditions, son histoire bien vivantes et très riches se pense comme un peuple souverain et qui a parfaitement le droit naturel inaliénable à disposer de lui-même et à l’auto-détermination – dans tous les cas le droit de se décider là-dessus de manière démocratique.
L’indépendantisme catalan a une bonne centaine d’années d’existence organisées (et de répression à son encontre) et fédère la société catalane des classes plus populaires et des organisations anarchistes révolutionnaires à la droite modérée et même l’Eglise, pourtant peu gauchiste en Espagne, ce qui est précisément la démonstration de l’existence d’un peuple et d’une nation catalane, et pas seulement l’expression de marginaux indépendantistes peu crédibles et mafieux comme en Corse ou en Bretagne. La seule région réellement comparable, et qui pourrait être émulée par une indépendance catalane, est l’Ecosse : clairement les Britanniques sont plus démocrates que Rajoy et que nous Français de la Vème République, en laissant la liberté de choisir aux Ecossais mais aussi aux britanniques à l’égard de l’UE.
Plus qu’une fantasmatique séries d’indépendances régionales – qui, les Bouches-du-Rhône ? – c’est davantage la crainte d’une remise en question populaire par le bas de la nécessité d’adhérer à l’UE pour exister. Il est d’ailleurs aussi risible que grotesque d’entendre des prétendus souverainistes français invoquer les arguments du « le chacun pour soi c’est pas bien » ou du « mais il faut rester solidaires des régions pauvres » alors qu’ils soutenaient le Brexit, en reprenant maintenant les mêmes arguments crétins des européistes primaires d’il y a quelques mois. Si l’indépendance catalane pouvait émuler quoi que ce soit en France ce serait sans doute la demande d’un référendum sur un possible Frexit, que le pouvoir en place dans sa majesté toute jacobine et sa subordination au MEDEF ne risque guère de souhaiter. Ou éventuellement un modèle de soulèvement populaire autrement plus puissant que de manger des chips à l’Assemblée ou de lire le dernier Fakir, qui comble d’imbécilité politique fait encore la promotion romantique du despote totalitaire Lénine, destructeur des soviets ouvriers.
Encore une fois l’indépendantisme catalan n’a strictement à rien à voir avec des questions si bassement matérielles : des commentaires à deux pesetas qui révèlent surtout la médiocrité morale et l’ignorance de ceux qui les tiennent, qui ne voient pas plus loin que leur bout du nez franchouillard, le cerveau tellement lavé, sans la moindre réflexion sur le sujet, et convaincu que le modèle jacobin et centralisateur de l’Etat-nation à la française est forcément la seule façon de constituer une nation. « Mon Dieu mais qu’allons-nous devenir si le peuple pouvait décider démocratiquement de son sort ? Malheur, mais ce serait la fin de tout ! Vite, vite, appelons la police, matons sans tarder cette populace qui ne sait pas ce qu’elle fait !!! » Pas étonnant que de telles mentalités démocratiquement arriérées produisent des constitutions aussi peu démocratiques que la monarchie présidentielle de la Vème République, dont l’Ubu en chef actuel montre bien toutes ses limites démocratiques et tout son potentiel despotique de spoliation de la souveraineté populaire au profit d’une classe dominante capitaliste : classe qui a encore le toupet, son cynisme auto-satisfait n’a aucune limite, de s’auto-proclamer « société civile ». Le voilà notre bel Etat-nation républicain dont nous sommes si fiers en action !
L’enjeu du 1er octobre n’est évidemment pas l’indépendance de la Catalogne – et toutes les opinions exprimées là-dessus par des non-Catalans n’ont strictement aucun intérêt et relèvent de la discussion de comptoir – mais bien le respect ce jour-là des libertés démocratiques essentielles de tout un peuple : où là en revanche les peuples européens – en opposition aux technocrates pro-Rajoy de l’UE qui voient forcément d’un mauvais oeil tout ce qui pourrait être un mouvement populaire qu’ils ne peuvent maîtriser – se doivent de montrer leur solidarité démocratique.
SI ou NO à l’indépendance, ce n’est certainement pas à nous Français, jacobins ou girondins, d’en juger ; en revanche OUI à l’expression démocratique légitime d’un peuple, et NON à la répression politique en cours, c’est très certainement notre responsabilité de Français à l’égard de voisins européens (et pas au sens capitaliste de l’UE, et inutile aussi d’aller aussi loin que le Vénézuela pour feindre de s’indigner) de l’affirmer par solidarité républicaine et démocratique ; si du moins la France signifie encore autre chose dans son message universel que le mépris condescendant à l’égard des peuples du Sud, et un respect Soumis et craintif au monarchisme présidentiel jacobin et centralisateur dont nous n’avons guère de raisons de nous sentir fier, et de vouloir en exporter le modèle à des peuples clairement un peu moins dociles et Soumis, Gracies a Deu, que nous.
© François Serrano 2017

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s