Lettre ouverte de félicitations à M. Macron : beau travail Monsieur le Président ! 20/20 à vous ! O pointé aux Soumis en revanche.

Monsieur Macron, le peuple qui « se dit » de gauche (car entre se dire de gauche et l’être réellement il y a comme on le sait une vaste marge) et qui vous critique aussi vertement qu’inutilement en ce moment entre Bastille et République, est décidément bien injuste à votre égard : car la vérité c’est que dans le rôle qui est le vôtre, vous êtes à la vérité absolument parfait.

Pour l’instant vous méritez un 20/20 : une note qui vous aura tant manqué pour intégrer Normale Sup où vous avez échoué deux fois, certainement pas par « fainéantise amoureuse », mais parce que les critères d’admission reposent davantage sur la profondeur intellectuelle (bien inutile au sein de votre mouvement politique En Marche) qu’à produire du verbiage technocratique sans consistance mais toujours, c’est très important, avec aplomb – c’est-à-dire sans avoir le moindre sens du ridicule ou de l’indécence, mais au contraire la plus grande auto-satisfaction – qui est la marque de fabrique de l’ENA et auquel clairement vous excellez chaque jour davantage.

Conscient d’être un pur produit marketing politique du patronat français à qui vous lui devez tout – y compris les dons en nature colossaux en couverture médiatique de la part de cette poignée d’oligarques contrôlant les grands médias français, en contournement total mais « légal » des lois sur le financement des campagnes politiques – c’est avec un zèle et une loyauté tout à fait exemplaires que vous lui rendez les preuves d’amour que vous lui aviez promis publiquement. Que peut-on donc vous reprocher, honnêtement ?

Vous saviez aussi parfaitement bien pendant la campagne que les Français sont en majorité des bonnes poires qui ne se méfieraient pas d’un jeune homme aussi souriant et propre sur lui que vous. C’est d’ailleurs bien pour ça que le patronat français vous a choisi pendant son casting politique sous Hollande pour le rôle du parfait lobbyiste en chef. C’est aussi un salutaire rappel que tous les bons escrocs n’ont jamais des têtes patibulaires, comme pouvait l’avoir Fillon, mais au contraire ont l’air tout à fait charmants et sympathiques, comme vous, et c’est bien pour ça qu’on ne se méfie pas d’eux et qu’ils sont très dangereux.

C’était aussi très bien vu de votre part de bien comprendre que les Français ont une mémoire de poisson rouge et que jamais ils ne compareraient votre programme à vos actions ; un programme que d’ailleurs ils n’ont même pas lu car les Français ne votent pas pour un programme mais pour celui ou celle qui « parle bien », d’autant que vous aviez réussi le coup de bluff génial de faire croire que les programmes c’était has been.

Malgré tout votre programme promettait que la première grande réforme du quinquennat serait sur l’éducation et la culture comme disiez-vous les bras en croix « condition de notre cohésion nationale » – ha bon, elle est passée où ? – et que l’objectif était de créer de nouvelles protections pour les salariés sur le thème de la flexi-sécurité à la suédoise ou à l’allemande : la « fléxi » ça on voit bien maintenant, mais où donc passée la sécurité ? Question absurde car bien évidemment vous saviez que personne ne la poserait pour cause de mémoire aquatique. Alors, juste pour le plaisir, deux petites photos de ce programme que vous saviez parfaitement être autant du Flamby que votre prédécesseur, qui en vous mettant le pied à l’étrier, alors que vous n’étiez « rien », aura brillé sur toute la ligne en matière d’imposture sociale, lui pour qui l’ennemi était censé être la finance en 2012 :

thumb_IMG_0975_1024

thumb_IMG_0976_1024

C’était pas beau tout ça franchement ? Ha on en pleurerait tellement c’était émouvant, même si évidemment on en pleure surtout de rire devant tant de capacité à l’enfumage le plus cynique qui soit. Quel humour vous avez décidément ! Vous surpassez en cela Hollande, homme déjà fort drôle, et son grand sketch de l’ennemi financier !

On ne peut également que vous féliciter par votre capacité remarquable de bien vous entourer en matière de second couteaux.

Pour détruire le code du travail vous vous êtes entouré d’une véritable dream (ou plutôt nightmare) team. Et d’une, Pénicaud, aussi insignifiante à titre personnel (et donc entièrement dévouée à votre mouvement, l’insignifiance et l’incompétence étant les sésames dans votre pseudo-parti start-up) qu’experte en une seule chose : sur ce qui ennuie réellement les entreprises dans le code du travail (déjà largement bafoué en pratique) de par ses anciennes fonctions de DRH. Et de deux, comme son conseil Marc Ferraci, fils de Pierre Ferraci, dont vous êtes très proches comme vous nous l’expliquiez dans votre Révolution : personnages absolument parfaits pour vous entourer et conseiller Pénicaud, car Pierre Ferraci dirige le principal cabinet français de conseil des Instances représentatives du personnel (CE et CHSCT), Secafi-Alpha, qui se trouve avoir pour client historique – tiens, tiens, c’est pas trop pratique tout ça ? – la CGT, qui se sera curieusement illustrée ces derniers mois par une grande mollesse toute « fainéante » sur le front social. Parfaits conseils donc, qui tant d’un point DRH que d’un point de vue syndical, savent parfaitement ce qui est problématique pour les patrons et notamment la nécessité de neutraliser les CHSCT, seuls vagues et derniers rempart à l’exploitation sans limite physique des travailleurs.

Brillantissime de votre part, encore une fois, vous êtes vraiment trop fort.

Et votre action aura le mérite, du moins pour celui ou celle qui saura le percevoir (mais là aussi vous savez parfaitement que pas grand monde en sera capable), de bien mettre en évidence l’imposture totale du syndicalisme français, CGT en tête (au niveau de ses états-majors, pas de ses militants de base sincères comme l’étaient les communistes sous Staline) qui est de fait dans la cogestion capitaliste. Cogestion qu’avait parfaitement illustré la présence tout à fait active de la CGT dans le Comité Permanent Amiante, lobby industriel responsable de la mort de 100.000 ouvriers français. Enfin « responsable », non pas vraiment puisque votre début de quinquennat se sera illustré  par toute une série de non-lieux sur les procédures pénales qui étaient en cours. Mais bien sûr « faisons confiance dans la Justice de notre pays ! » : autre grande tirade drolatique de circonstance d’une république bananière où une loi de séparation du MEDEF et de l’Etat serait certainement plus nécessaire que cette tarte à la crème d’une prétendue loi de moralisation de la vie politique, promue par un gouvernement de lobbyistes professionnels porteurs de multiples casseroles : sans que le Parquet national financier ne s’en saisisse pour autant, on l’a pourtant connu bizarrement (ou pas?) plus entreprenant concernant vos adversaires de la campagne.

En ce sens FO aura eu au moins la décence de ne pas faire semblant, en ne jouant pas la comédie du battage de pavé. Oui ce sont des vendus, ça tout le monde le sait depuis longtemps que c’est le syndicat des patrons, mais au moins ils ne se la jouent pas contestataires comme leurs confrères tout aussi vendus, mais qui eux en revanche font semblant du contraire de la manière la plus pathétique qui soit.

Vous M. Macron, vous faites parfaitement votre job, rien à dire : vous donnez parfaitement satisfaction à vos employeurs patronaux qui vous ont fait, et dont vous servez de manière zélée et diligente les intérêts, en les faisant habilement passés pour ceux de la « société civile » (immense blague vu qu’il n’y a que des CSP+ dans vos rangs).

Non, ceux qui ne font par leur boulot, et que vous pouvez avec raison traiter de fainéants et de tout ce que vous voudrez, ce sont les (ir)responsables des syndicats et de la France Soumise qui sont véritablement en-dessous de tout dans cette affaire du code du travail.

Vous avez eu l’intelligence de lancer cette destruction du code du travail pendant l’été, non pas parce que les salariés sont en congé, mais parce que saviez pertinemment que leurs prétendus représentants prendraient cette attaque estivale comme prétexte à l’inaction.

Il est évident qu’attendre septembre, une fois les textes prétendument négociés avec les « partenaires sociaux  » – qui, le MEDEF ? – pour « battre le pavé » c’était perdu d’avance. Il n’y avait strictement aucun intérêt à attendre le résultat de ces prétendues négociations pour savoir ce qu’elles contiendraient exactement au final : l’issue n’était-elle pas prévisible dès le départ vu les intentions qui avaient filtré et la méthode non-démocratique employée ? Les salariés pouvaient-ils s’attendre à une amélioration de leurs conditions dans tout ça ? C’était pendant l’été qu’il fallait se battre, faire une grève générale, bloquer le pays comme en mai 68 ou en 1995. Les Français l’auraient peut-être fait avec Thatcher-Fillon ou Le Pen avec leurs gros sabots (encore que on peut même en douter vu leur passivité moutonnière actuelle) mais avec votre apparence de premier communiant tout souriant et la manière toute technocratique et faux-cul à souhait, à laquelle personne ne comprend rien, d’ubériser le code du travail, tout passe, tout glisse : les syndicats français s’illustrant parfaitement dans ce qu’ils sont en réalité depuis longtemps, à savoir les idiots utiles, souvent corrompus à titre personnel, de la co-gestion du capitalisme français.

Vous avez donc eu l’immense mérite de bien mettre en évidence la réelle couleur jaune – et non rouge – du syndicalisme français dans son ensemble (ses états-majors s’entend), mais aussi la vocation essentiellement comique de la France Soumise (encore une fois son état-major, pas sa base, évidemment, aussi sincère que cocue). Peut-on réellement prendre au sérieux une formation politique qui considère le fait de manger des chips à l’Assemblée comme une forme de résistance ? Dont le leader refuse d’associer son mouvement aux manifestations des syndicats, préférant comme à l’accoutumée le one man show ? Qui préfère faire bande à part, comble du ridicule comme aujourd’hui, au lendemain de la signature officielle des ordonnances et de leur entrée en vigueur légale ?  Quel timing digne d’un mouvement révolutionnaire ! Les patrons doivent être terrifiés !

Tant que le summum de la contestation sociale dans ce pays sera de défiler avec un T-shirt Che Guevara entre Bastille et République un samedi (il s’agirait quand même pas de faire grève) à l’appel d’un tribun qui se la joue perso en Chavez d’opérette, et qui plus est le lendemain de la ratification officielle de textes contre lesquels on aurait dû commencer à se mobiliser 3 mois avant, vous Monsieur Macron et vos employeurs du MEDEF n’avaient aucun souci à vous faire.

Ce soir les patrons français sabreront le champagne hilares devant le spectacle de cette drôle de France bien soumise, bien inoffensive.

Octobre 1917 ne fut rien d’autre qu’un coup d’état militaire bolchévique mettant un terme brutal à la véritable révolution populaire qui fut celle de février. Lénine, dictateur totalitaire psychopathe qui n’a pas attendu Staline pour supprimer toutes les libertés en Russie et qui inspira toutes les dictatures chères à Mélenchon et aux porteurs de T-shirt cheguevarriens de ce samedi, supprima une fois au pouvoir la jeune démocratie parlementaire mais aussi les soviets auto-gérés par les ouvriers. En ce sens l’URSS ne fut jamais « soviétique » puisque précisément ce régime s’est construit sur la destruction des soviets et l’imposition d’une dictature économique encore plus horrible que le régime capitaliste, les ouvriers chinois en savent quelque chose.

Un grand nombre de guignols de gauche prétendument radicale, sans doute en goguette cet après-midi entre Bastille et République avant de rentrer dans le 18ème pour apéro dans un bar branché, vont célébrer en octobre cette prétendue révolution qui ne fut qu’un abominable coup d’état communiste contre le peuple. En ce sens la démission totale des syndicats et de la France Soumise face à ses responsabilités devant les travailleurs français représente une continuité parfaite de l’imposture sociale historique totale du mouvement communiste, et de ses diverses variations sur le même thème marxiste-léniniste.

Octobre 2017 sera assurément votre révolution Monsieur Le Président, celle à laquelle pourtant personne ne croyait vu l’immense vacuité de votre livre sur le sujet : celle du coup d’état institutionnel du MEDEF sur la République, avec cerise sur le gâteau la complicité active de ceux qui sont censés être votre opposition prétendument à gauche.

La question qu’on peut se poser c’est de savoir si vos complices ont été payés personnellement pour baisser leur froc à ce point (on peut sérieusement se poser la question, c’est pas la première fois que des syndicalistes toucheraient une enveloppe du patron) ou si c’est vraiment à votre génie de manipulateur et à l’incompétence de cette pseudo-gauche que nous en sommes arrivés là.

Dans tous les cas, force est de constater que votre parcours présidentiel est pour l’instant du point de vue de la job description de vos employeurs du MEDEF un sans faute.

Je vous flatte et évidemment en cela je compte bien sur votre immense vanité pour que vous vous sentiez très très fort, si une telle chose était encore possible. Car c’est sans doute là votre talon d’Achille et de ceux qui vont ont confié leurs intérêts. Tel Ubu vous avez désormais atteint le stade où vous vous sentez tellement fort que vous pensez pouvoir tout vous permettre, dire et faire les choses les plus absurdes et les plus cyniques et inhumaines. Vous allez évidemment continuer sur cette « belle » lancée, et c’est tout ce qu’on peut vous souhaiter : car ce faisant vous montrerez au peuple que ceux qui sont censés les représenter en rouge, le font en réalité en jaune – couleur de la trahison sociale et de la cocufication des classes populaires depuis octobre 1917 qui est leur modèle – et plus vite ils le réaliseront plus vite ce peuple se passera d’eux et prendra ses intérêts en main en s’affranchissant des guignols mangeurs de chips à l’Assemblée.

Je vous souhaite donc de bien continuer sur votre lancée Monsieur Le Président, car il n’est pas impossible que vous aussi, au final, comme vos patrons du MEDEF ne soyez pas en ce moment même les meilleurs idiots utiles d’un véritable changement de société : un changement qui ne sera possible que quand le peuple aura enfin compris que ceux qui sont aujourd’hui censés les représenter sont en réalité vos complices.

Au fond vous aurez eu l’immense mérite de nous montrer le caractère essentiellement comique de la France Soumise et du syndicalisme français, ayant désormais une signification sociale à peu près équivalente à la prochaine émission de Garrido sur le C8 de Bolloré, milliardaire de la Françafrique, aux côtés d’Ardisson. Heureusement que l’indécence et le ridicule ne tuent pas, mais quelle tartufferie… et quelle inutilité de produire encore des articles de cette nature, soit contre vous soit contre vos pseudo-opposants.

Tout comme de nous avoir bien rappelé par votre élection toute la vérité intemporelle du précepte anarchiste « Elections, pièges à cons » à l’égard notamment de tous les votes prétendument « utiles » sans exception, utiles surtout à valider un système politique toujours aux mains des classes dominantes quoi qu’il arrive. Pour ceux qui en doutaient encore, votre foudre bien jupiterrienne pour le coup nous aura illuminés et, bien que dans la douleur, durablement déniaisés.

Passons maintenant aux choses sérieuses sur ces pages qui ne vous concernent clairement plus : l’émancipation du travailleur.

© François Serrano 2017  

 

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s