Ushuaïa, voyage en Terre de Rien… ou l’imposture écologique d’un gouvernement de lobbyistes

hulot

Confondant allègrement l’être et l’avoir, notre Jupiter d’opérette offenbachienne s’est de nouveau illustré par son plus profond mépris de classe, à visée cyniquement clientéliste – car il ne s’agit évidemment pas de maladresses d’amateur, mais de dérapages soigneusement contrôlés pour au fond flatter la vanité de son électorat CSP+ – en stigmatisant ceux qui ne seraient, selon lui depuis son Olympe en Photoshop, « rien ». Propos d’une bêtise confondante car comment un être humain, quel qu’il soit, pourrait être « rien » ? Clientélisme de fait pervers qui consiste essentiellement à flatter les égos de ses électeurs aisés, qui se voient ainsi par contraste « être tout » dans une vision du monde et de la réussite ultra-matérialiste.

Si le quinquennat Hollande a pu être qualifié, non sans raison, de quinquennat pour rien, le « rien » risque fort de marquer la continuité hollandaise avec le gouvernement actuel. Mais là où le « rien hollandais » était surtout la marque d’une incompétence bonhomme dépourvue de courage, le « rien macronien » est celui du vide dont la nature a horreur et qui ne demande qu’à être rempli par les forces pleinement libérées du marché.

« Rien » d’une moralisation de la vie politique annoncée avec des trémolos dans la voix durant la campagne, et qui voit surtout depuis le début du quinquennat une avalanche de casseroles absolument sidérante : un Premier Ministre donnant le mauvais exemple, lui qui n’avait pas daigné déclarer son patrimoine ; des alliés Modem empêtrés dans des emplois fictifs bien peu démocrates-chrétiens ; un bras droit et faire-valoir Ferrand adepte du mélange des genres lucratif, et qui à l’Assemblée donne comme objectif aux députés LREM la réélection de Jupiter dans 5 ans (wow quelle vision !) ; une Pénicaud pour qui visiblement rien n’était trop beau chez Business France (aux frais de la princesse s’entend) pour le culte de la personnalité de son futur employeur ; un Le Maire, se prenant maintenant ni plus ni moins pour Hermès (ont-ils donc décidé de sous-traiter la fonction communication au Gorafi ?) et que curieusement le Parquet national financier laisse bien tranquille malgré l’emploi tout à fait fillonesque de Mme dans le temps.

« Rien » également du débat parlementaire selon LREM, en dépit des belles promesses, qui tient désormais du régime de parti unique : 120 amendements furent proposés par la France Insoumise sur la refonte du code du travail – le seul parti visiblement à ne pas signer au bas de la page – 120 furent rejetés sans discussion. En séance et en présence de la ministre, Quatennens fit remarquer que le taux d’acceptation des amendements était jusqu’alors de 0%. « Evidemment », lui alors répondu la présidente de la commission, Bourguignon, en se bidonnant de manière tout à fait édifiante comme si évidemment cela allait de soi qu’aucun commentaire fait par l’opposition ne puisse avoir d’intérêt et ne soit digne de discussion. Réaction spontanée non seulement d’une incompétente parmi tant d’autres chez LREM, mais bien révélatrice d’une vision de la démocratie qui décidément s’inspire des mœurs bien peu démocratiques de l’entreprise.

« Rien », enfin, de ce grand Plan Climat qu’on nous promettait avec la venue au gouvernement de l’animateur de télé vedette Hulot : des « objectifs » grandiloquents à 2040 ou 2050 (ça va d’ici-là on est tranquilles, et Hulot aussi)… aucune idée de comment l’électricité de ces nouvelles voitures électriques sera produite… aucune remise en question fondamentale du modèle énergétique avec encore une réponse technocratique purement fiscale (un diesel plus cher à la pompe, un renchérissement de la taxe carbone qui sera tout simplement répercuté par des prix plus élevés pour les consommateurs, super)… pas un mot en revanche des manipulations de moteurs diesel par d’autres constructeurs que VW et bien de chez nous… des mesurettes pour isoler un peu mieux et une énième prime auto (super innovant)…

Où est passé le grand plan stalinien de 50 milliards d’investissements, claironné durant la campagne, censé permettre la grande transition énergétique de la France ?… pas un seul mot sur le nucléaire et quid des centrales qui arrivent en fin de vie d’ici la fin du quinquennat ? quid notamment de l’EPR de Flamanville ?

Réponses : « RIEN »

Rien aussi la promesse de Macron de soutenir la Taxe sur les Transactions Financières (TTF) européenne, désormais enterrée, qui était censée financer une partie de notre transition énergétique : doit-on même s’en étonner ?

Rien encore avec la capitulation lamentable de la France dans cet accord européen plus qu’a minima sur les perturbateurs endocriniens, qui fait bien l’affaire des lobbies, et présenté même comme un succès : encore un bel enfumage de communication corporate signé Macron SA aux accents d’article du Gorafi.

Le volatile déchaîné est venu la semaine dernière confirmer la véritable nature de lobbyiste de luxe d’Hulot, avec une lucrative Fondation financée par le gratin bien peu durable et biodégradable du CAC40, et notamment des centaines de milliers d’euros d’EDF (tiens, tiens, notre champion national du nucléaire) et de Vinci (acteur central de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes). Quelle indépendance et quelle crédibilité peut avoir, sérieusement, une Fondation pareille avec des mécènes de ce type ? « Tout sera déclaré à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, c’est elle qui appréciera s’il y a conflit d’intérêts » nous dit Hulot en mode atterrissage catastrophe : doit-on réellement s’en remettre à cette autorité pour ne pas percevoir soi-même le conflit d’intérêt évident et – encore une fois décidemment chez des macroniens qui pensent être « tout » et pour qui donc « tout est permis » – un mélange des genres bien peu éthique ?

Mais c’est peut-être 60 Millions de Consommateurs, dans son hors-série Cosmétiques de juillet-août, qui permet le mieux de saisir toute l’essence de l’imposture écologique de ce gouvernement. Les produits Ushuaïa, produits par L’Oréal et garantissant de généreuses royalties à Hulot (« il le vaut bien »), s’avèrent en effet bien peu écolos et c’est tout de même un comble : ainsi la pulpe gommante Bahia Do Brasil à l’extrait de fève de café tonifiante & papaye « regorge d’ingrédients artificiels, dont des acrylates crosspolymer (plastique liquide) et du sodium laureth sulfate » ; concernant le shampooing-douche Energie Zen du Japon : « l’étiquette promet un voyage au pays du soleil levant. Malheureusement, la composition fait redescendre sur terre. Dans la liste, un grand nombre de colorants susceptibles de provoquer des allergies ainsi que plusieurs polymères (plastiques) difficilement biodégradables, dont une substance toxique pour les organismes aquatiques, le polyquaternium-7 » ; quant au déodorant bille Polynésie hibiscus bio Efficacité 24h, on y décèle et c’est le bouquet « la présence de benzyl salicylate, une substance parfumante allergisante soupçonnée d’être un perturbateur endocrinien. »

Si les généreuses donations d’EDF à la Fondation Hulot peuvent être mises en perspective par les étonnants non-dits et non-faits du Plan Climat sur le nucléaire, la caution morale (et très commerciale) d’Hulot sur des produits Ushuaïa si peu écolos ont aussi de quoi laisser dubitatif sur l’empressement de ce dernier à signer un accord européen bien contestable sur les perturbateurs endocriniens.

On peut aussi d’ailleurs noter que le hors-série de 60 Millions de Consommateurs permet d’identifier une liste impressionnante de produits cosmétiques de tous les jours, produits par les plus grandes firmes, qui s’avèrent constituer de la publicité parfaitement mensongère (notamment sur les compositions) mais qui sont aussi bourrés de perturbateurs endocriniens et de cancérogènes suspectés : comment peut-on laisser de tels produits en vente dans le commerce ??? On mesure encore une fois tout le poids des lobbies qui mettent la rentabilité financière bien au-dessus de la santé publique, lobbies qui ont trouvé dans ce gouvernement des relais d’influence de choix pour maintenir en toute impunité et discrétion des pratiques des affaires contraires à la santé et à l’environnement. Le ministre de la santé Buzyn, représentante officielle de Big Pharma au sein du gouvernement, considère même que le conflit d’intérêt est absolument essentiel à la fonction d’expert : de quoi se poser des questions sur sa croisade lancée avec précipitation pour 11 vaccins obligatoires, comme d’habitude avec le parti unique managérial LREM sans débat d’aucune sorte, alors que l’utilité réelle et les effets secondaires de certains vaccins suscitent de plus en plus de controverses dans la communauté scientifique.

Après le Brexit et l’élection de Trump, l’élection de Macron avait été saluée par beaucoup comme un coup d’arrêt salutaire au populisme. Le très habile « Make the planet great again » avait émerveillé de nombreux commentateurs. Du coup l’invitation de Trump pour le 14 juillet avait pu surprendre. En effet Macron apporte à cette occasion la caution morale d’un pays comme la France à un individu qui n’en attendait et n’en méritait pas tant. Mais sont-ils, au fond, si différents ? Après tout ils représentent tous deux la prise du pouvoir politique en direct par le Big Business, et le « Make Wall Street great again » de Trump s’accorde parfaitement au « Make MEDEF great again » de Macron. Tous les deux portent la même vision d’une « réussite » en ce monde envisagée comme essentiellement ultra-matérialiste, par l’accumulation rapide et massive de richesses personnelles et de signes extérieurs de richesse tapageurs et au final bien grotesques. Lorsque Trump dit f*** à la COP21 il a au moins le mérite de la franchise ; une franchise dont le pseudo Plan Climat français, qui n’est en réalité « rien », ne peut se prévaloir.

A l’instar du shampoing-douche Energie Zen du Japon Ushuaïa, ce gouvernement de lobbyistes professionnels, produit marketing politique de l’année 2017, nous avait promis un voyage merveilleux et positif au pays enchanté du progressisme… Malheureusement sa composition plastique et toxique nous a fait bien vite redescendre sur terre… ce voyage est de tout évidence un voyage, non pas en Terre de Feu, mais en Terre de Rien, où à l’unisson avec nos infortunés alliés américains nous pouvons surtout lire sur nos frontons officiels, devenus si corporate, en gros néons bling-bling qui grésillent « Make bullshit great again. »

Et si Eole, dieu des vents – comme le souffle avec ironie le nom bien choisi de la lucrative société de conseil d’Hulot – n’était pas en réalité la véritable divinité présidant au destin de ce quinquennat ?

François Serrano

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