Retour d’Auschwitz, rapport sur l’ordinaire absence de bien : 3. Impressions

auschwitz

Auschwitz-Birkenau. C’est un des endroits où l’on jetait la cendre de tous ces innocents. Je n’ai jamais été confronté à un lieu si infiniment triste, où mes oreilles étaient littéralement assourdis par les cris et les pleurs de ces malheureux que l’on perçoit encore et qui décoreront à jamais ce bois si faussement paisible. Nous prierons pour le repos de vos âmes tous l’année prochaine à Yad Vashem.

Mon Dieu, ai-je vraiment vu tout cela de mes propres yeux ?

Je me suis rendu à Auschwitz deux jours de suite, deux jours qui furent très denses.

Hier, au soir du premier jour, je n’arrivais pas à me convaincre de la réalité même de ce que j’avais vu pendant la journée, comme si je l’avais rêvé, comme une sorte de cauchemar psychotique éveillé.

Aujourd’hui j’y suis retourné comme pour me pincer et pour prendre des photos qui seraient les preuves tangibles que tout ceci est bien réel et que je suis bien venu ici.

Nous sommes le soir du deuxième jour, je viens de toutes ces photos, et je n’arrive toujours pas à croire ce que j’ai pourtant vu de mes yeux vus, tellement tout ceci est au-delà du réel intelligible, au-delà même de l’imagination.

Je sais maintenant que j’aurais beau y retourner autant de jours que je voudrais, cela ne changerait rien. Pire, plus je me rendrais sur ce lieu, moins j’y croirais. Je ne sais même pas comment ils font tous ces Polonais du coin qui travaillent si « normalement » sur ce site hanté chaque jour… en plein coeur d’un cercle de l’Enfer. Un jour de plus de visite commencerait à atteindre sérieusement mon psychisme. J’ai hâte de retrouver le monde des vivants demain… Personne ne croyait les témoignages des évadés du camp à l’époque, je comprends maintenant pourquoi… il me sera impossible à mon retour de voyage de trouver les mots pour décrire oralement à mes proches, curieux de mon séjour, ce que j’ai vu. Enfin ce que je crois avoir vu…

Plus que la tristesse déjà immense que je ressens, c’est un sentiment d’irréel d’une infinie absurdité auquel je suis confronté. Je suis venu ici avec quelques questions et beaucoup de certitudes que je pensais vérifier sur le terrain, je vais en revenir avec des questionnements plus radicaux que j’aurais pu imaginer sur la si complexe et polymorphe méchanceté humaine… Il faudra que je retrouve le calme rassurant de ma bibliothèque, mes livres, les travaux de recherche en science sociale sur lesquels je planche pour tenter de donner un sens, avec un peu de distance, à ce qui semble en être sur place le plus cruellement dépourvu.

François Serrano

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